L’ANTIQUE SENTIER

H.P. Lovecraft, Nouvelle-Angleterre, livres anciens, photos antiques…


La nuit où je trouvai l’antique sentier

Poème de H.P. Lovecraft rédigé en novembre 1929. Première parution en mars 1930 dans Weird Tales. Traduit de l’anglais par Julien Bétan.

L’ Antique Sentier

Nulle main n’était là pour me retenir,
La nuit où je trouvai l’antique sentier
Par-delà la colline et plissai les yeux pour apercevoir
Les champs qui agaçaient ma mémoire.
Cet arbre, ce mur, je les connaissais bien ;
Les toits et les vergers revinrent,
À mon esprit, familiers,
Semblant surgis d’un proche passé.
Je savais quelles ombres seraient portées,
Quand la lune tardive viendrait à se lever
Derrière la colline de Zaman et comment,
D’ici trois heures, le val brillerait.
Alors, quand le sentier s’éleva, raide,
Semblant finir dans les cieux,
Je ne craignais nullement ce qui attendait,
Derrière la ligne sombre de la crête.
Droit devant moi, je marchai, tandis que la nuit tout entière
Se teintait d’une phosphorescence pâle,
Et que les murs, les gâbles des fermes luisaient,
Irréels, le long de la route escarpée.
Je trouvai la borne que je connaissais :
« Dunwich, deux miles »… Désormais, ne me séparait plus
Des flèches et des toits au loin,
Qu’une dizaine de pas vers le haut.


Nulle main n’était là pour me retenir,
La nuit où je trouvai l’antique sentier,
Et atteignis le sommet pour découvrir, qui s’étendait,
Une vallée de morts et de damnés ;
Au-dessus de la colline de Zaman parut
La corne d’une lune maligne,
Qui éclaira les herbes folles et les vignes,
Grimpant sur des murs croulants et inconnus.
Des fongus luisaient dans le champ et la tourbière,
Et des eaux inconnues crachaient une brume,
Dont les volutes griffues moquaient l’idée même
Que j’eusse un jour connu ce lieu.
Je ne vis que trop bien face à cette scène démente
Que mon amour passé n’avait jamais été,
Et que je n’étais plus sur le chemin
Descendant vers ce val mort et enterré.
Tout autour le brouillard ; devant moi la vapeur lunaire
Des flux stellaires de la Voie lactée…
Nulle main n’était là pour me retenir,
La nuit où je trouvai l’antique sentier.



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