« En des temps reculés, des hommes qui avaient été élu savaient conversé dans leurs rêves avec les Grands Anciens enfermés dans leur tombeau, mais alors quelque chose s’était produit. R’lyeh, la majestueuse cité de pierre, avec ses monolithes et ses sépultures, avait été engloutie et les eaux profondes, pleines de ce mystère originel à travers lequel la pensée même ne peut se glisser, avaient interrompu la communication spectrale. Pourtant la mémoire ne s’en estompa jamais et les grands prêtres déclarèrent que la cité s’élèverait à nouveau quand les astres seraient en place. »
Traduit de l’anglais par Isabelle Barat
Les ombres d’Innsmouth

L’Oculus de R’lyeh
Texte de Gage Prentiss / Traduction d’Alice Pétillot
Cet objet ancien fut découvert par James Morris lors d’une après-midi tempétueuse sur l’île de Sable, au large de la Nouvelle-Écosse, en 1801. Il venait d’être engagé pour établir le premier poste de secours de l’île. Le nombre de navires échoués sur ses côtes était devenu légendaire et le gouverneur ne voulait pas laisser les naufragés à la merci des pilleurs d’épaves.
Morris tomba sur une cahute chancelante à demi tirée de l’eau. Il trouva l’Oculus enveloppé dans une toile enduite avec un journal détrempé, au fond d’un hammac en filet de pêche. Le journal relatait le quotidien d’un baleinier anonyme.
Le globe avait jailli des entrailles d’un grand cachalot, avec le corps embijouté d’une créature marine vaguement humaine. Alors que le reste de l’équipage arrachait le butin d’or et de joyaux à cette dépouille pourrissante, il s’isola avec la sphère souillée de vase.
Il raconte ensuite que lorsqu’il regardait à travers elle, il tombait dans un rêve éveillé. Parfois, il plongeait dans les profondeurs glauques de l’océan, comme un poisson. Ou alors, des lumières spectrales et d’impossibles cités englouties lui apparaissaient sous la houle. Cependant l’excitation et la liberté qu’il éprouvait dans ces instants était toujours flétrie par une sombre impression. Il se sentait épié. Plus il utilisait l’oculus pour rêver, plus il se sentait comme une lumière dans l’obscurité, qui attirait quelque chose jusqu’à elle. S’il l’utilisait trop, de terribles tempêtes se déchaînaient. Au début, il arrivait à s’abstenir de rêver assez longtemps pour que le navire sur lequel il était embarqué arrive à bon port, mais au bout d’un moment il dut abandonner la pêche à la baleine, accusé de porter malheur. Cette triste réputation le poussa à quitter le Pacifique pour la côte atlantique, où personne ne le connaissait. Comme toutes les addictions, sa dépendance à l’occulus s’intensifia et les visions qu’il lui prodiguait devinrent de plus en plus étranges, d’une beauté terrifiante.

Un soir, alors qu’il était sous l’emprise du globe, il vit avec stupéfaction la silhouette de son propre bâteau apparaître dans le lointain. La silhouette grandit à mesure que l’oeil de son esprit filait vers elle, rapide comme la proue d’un navire. Il ne revint à lui que lorsqu’il fut secoué par la collision avec un objet gigantesque qui éventra la coque. L’équipage se démena pour sauver le bâteau, mais rien n’y fit. Ils tombèrent tous à l’eau et seule une poignée de marins atteignit le rivage glacé de l’île de Sable. Les rescapés racontaient qu’ils avaient heurté un haut-fond, mais lui savait qu’il n’en était rien. La créature dont il partageait l’esprit depuis des mois l’avait retrouvé et jamais il ne quitterait l’île avec l’oculus. Pas vivant.
Pendant des années, il essaya de ne pas regarder dans le globe. Quand il cédait à la tentation, la Chose dans la mer devenait enragée. D’autres navires s’échouèrent sur l’île, et avec eux des monceaux de culpabilité. Dans la dernière entrée de son journal, le baleinier écrit avoir discerné les voiles d’un navire de ravitaillement plus loin sur la côte et avoir compris qu’il acheminait de quoi bâtir un poste de secours sur l’île. Il comprit aussi que sa faiblesse et les nombreuses morts qu’elle avait causée en étaient la raison. Les dangereux hauts-fonds n’étaient pas les seuls fautifs.
Écrasé par la culpabilité, il fit le voeu de fuir l’île, et l’oculus, avec ou sans son corps. Jamais on ne le revit. Les visions enfiévrées et fantastiques que le baleinier décrit dans son journal faisaient souvent référence à un lieu nommé “R’lyeh” et il appelait l’objet “L’Oculus”. Ce fut Morris qui le baptisa “L’Oculus de R’lyeh” dans son inventaire quand il le fit parvenir, emballé et enfermé dans un coffre, à un ami de sa famille, à Halifax. On le crut perdu lors d’un incendie, en 1874, mais il refit surface parmi une inquiétante collection de toiles et de sculptures conservée dans un garde-meuble qui fut saisi par une banque à Great Bend, au Kansas, en 2003.
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