L’ANTIQUE SENTIER

H.P. Lovecraft, Nouvelle-Angleterre, livres anciens, photos antiques…


Le bureau de Robert Blake

Photo du 66 College Street où H.P Lovecraft a vécu de mai 1933 à mars 1937.

Dans The Haunter of the Dark , le paysage observé par Robert Blake depuis son bureau est une évocation poignante de la vue que contemplait H.P. Lovecraft à travers la fenêtre de sa dernière demeure au 66 College Street.

« Le jeune Blake revint à Providence pendant l’hiver de 1934-1935, et s’installa au dernier étage d’une vénérable demeure, dans une cour verdoyante en retrait de College Street — sur la crête de la plus haute colline de l’est, près de l’université Brown, et derrière le bâtiment en marbre de la bibliothèque John Hay. L’endroit avait du charme, et quelque chose de fascinant, dans cette oasis d’un jardin évocateur des villages d’autrefois, où de gros chats amicaux se chauffaient au soleil sur le toit d’un hangar commodément placé. La maison carrée de style géorgien possédait une toiture à lanterneau continu, un porche classique avec une imposte gravée en éventail, des fenêtres à petits carreaux, et toutes les autres caractéristiques de l’artisanat du début du XIXe siècle. À l’intérieur, il y avait des portes à six panneaux, des parquets à larges lattes, un escalier tournant dans le genre colonial, des linteaux de cheminée blancs de style Adam, une suite de pièces à l’arrière, décalées d’une hauteur de trois marches sous le niveau du rez-de-chaussée.

Bureau de Lovecraft (Photo non complète – zoom uniquement) prise par Robert H. Barlow en mars 1937 au 66 College Street.

Le bureau de Blake, une vaste pièce donnant au sud-ouest, surplombait d’un côté le jardin de devant, tandis qu’à l’ouest les fenêtres — sa table de travail étant installée devant l’une d’elles — se détournaient du front de la colline et offraient une perspective splendide sur la ville basse, l’étendue des toits et les couchers de soleil qui embrasaient le ciel de couleurs magiques. Sur l’horizon, au loin, se dessinaient les coteaux pourpres de la campagne. À deux miles s’élevait sur ce fond la bosse spectrale de Federal Hill, hérissée de toits et de flèches serrés les uns contre les autres, dont les contours lointains tremblaient mystérieusement, et qui revêtaient des formes fantastiques quand les volutes de fumée montaient de la ville et les enserraient comme d’un filet. Blake avait l’étrange impression de poser les yeux sur un monde inconnu, immatériel, qui pourrait se dissoudre tel un rêve s’il osait jamais partir à sa recherche et y pénétrer en personne. »

H.P. Lovecraft
Ce qui vit dans la nuit, 1935
Traduit de l’anglais par Philippe Jaworski
H.P. Lovecraft : Récits
Bibliothèque de la Pléiade

H.P. Lovecraft au 66 College Street à Providence ( 1936?)

Le passage ci-dessous est tiré d’une lettre rédigée en mai 1933. Une période marquée par le départ de son domicile de style victorien, sis au 10 Barnes Street, vers une petite maison coloniale au 66 College Street.

« L’édifice, jaune et en bois, qui vous rappellera (même s’il est typique de la Nouvelle-Angleterre) certaines demeures de Georgetown, Alexandria, Fredericksburg et d’autres vieilles maisons, se situe sur les hauteurs de la colline immémoriale de Providence, dans un terrain herbeux et pittoresque à deux pas de College St. — jouxtant l’arrière de la John Hay Library de l’université de Brown, environ un demi-mile au sud de 10 Barnes St. La belle porte de style colonial ressemble à mon ex-libris devenu réalité.

À l’arrière se trouve un charmant jardin, à l’atmosphère villageoise, qui se situe en surplomb de la façade de la maison. Les appartements de l’étage que nous allons occuper renferment 5 pièces outre la salle d’eau et le coin cuisine de l’étage principal (au premier) ; ainsi que 2 débarras dans le grenier — dont l’un est si joli que j’aimerais l’avoir pour en faire un autre cabinet de travail ! Mes quartiers — un vaste bureau et une petite chambre — seront du côté méridional, avec ma table de travail sous une fenêtre exposée ouest offrant une splendide vue sur l’étendue des toits de la ville et les couchers de soleil mystiques qui les embrasent. L’intérieur est tout aussi fascinant que l’extérieur — avec des cheminées, des tablettes et des armoires de cheminée coloniales, un escalier en colimaçon géorgien, des parquets à lames larges, des loquets à l’ancienne, des baies vitrées à petits carreaux, des portes à six panneaux, une aile de derrière en contrebas (3 marches plus bas), un escalier au charme désuet menant au grenier, etc. — exactement comme les vieilles maisons qui font office de musée. Après avoir admiré ces demeures toute ma vie, je trouve qu’il y a quelque chose de magique, tenant du rêve, dans l’idée de vivre dans une telle maison.

Pour accueillir ma bibliothèque et mes dossiers en expansion (et pour pallier l’absence des étagères encastrées dont je disposais au 10 Barnes St.), j’ai fait l’acquisition de 3 nouvelles bibliothèques et d’un classeur pour y ranger mes papiers. Tout cela n’a pas l’air de représenter une quelconque économie, mais ça l’est pourtant. Le tout ne me coûte pas plus que la somme dont je m’acquittais pour une chambre et une alcôve seulement au 10 Barnes St. Le chauffage à la vapeur et l’eau chaude proviennent de la bibliothèque universitaire adjacente. La maison est la propriété de l’université. En ce moment même, les peintres et tapissiers sont encore à pied d’œuvre — mais d’ici la fin de la semaine, je commencerai à emménager dans la partie méridionale de la maison. Puis, une fois que je serai accommodé, ma tante commencera à s’installer dans la partie septentrionale. Ce sera un travail infernal — qui m’occupera au moins tout un mois. »

H. P. Lovecraft à Robert H. Barlow, le 14 mai 1933

Traduit de l’anglais par Lise Capitan Gilbert

1933 – Au 66 College Street, Annie Gamwell dans l’embrasure de la porte. (Photo prise par H.P. Lovecraft avec son Brownie de 1907 ?)


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