L’ANTIQUE SENTIER

H.P. Lovecraft, Nouvelle-Angleterre, livres anciens, photos antiques…


H.P. Lovecraft, un ardent défenseur de l’antique !

« Il ne m’arrive que très rarement d’utiliser un téléphone, bien que la maison tranquille où je loge en soit équipée. Je prends davantage plaisir aux barrières qui s’interposent entre moi-même et le monde moderne qu’aux liens qui m’y rattachent. J’aime demeurer abstrait, détaché, neutre, indifférent, objectif, impersonnel, universel et non chronologique – si vous comprenez ce que je veux dire. Tout cet idéal de l’Amérique moderne – fondé sur la vitesse, le luxe mécanique, l’accomplissement matériel et l’ostentation économique – m’apparaît d’une puérilité ineffable, indigne de tout intérêt sérieux. J’ai pour politique de cheminer sans bruit dans les lentes et paisibles contre-allées de ce monde, où les manières, les pensées et les scènes d’hier perdurent et donnent un semblant de sens à un cosmos et un processus vital qui n’ont en fait ni rime ni raison. La question que je ne cesse de poser au monde extérieur est simple :

« Qu’est-ce que tout ce qui existe ? » — et je ne reçois aucune réponse indiquant qu’il y aurait une quelconque sagesse à adopter cette vie moderne sous haute tension plutôt que le programme plus serein de nos ancêtres. La seule valeur concevable de l’existence est le rassasiement des émotions et si les mœurs anciennes permettent d’y parvenir aussi bien – voire mieux – que les nouvelles, alors je reste un ardent défenseur de l’antique !

De mon environnement, je n’exige que deux choses : une beauté visuelle, naturelle et architecturale assez traditionnelle pour résonner profondément en moi, et une douce réserve, suffisamment cohérente pour que mon imagination subjective puisse y fonctionner librement. Je me fiche que la population alentour soit bourgeoise ou le soit moins, tant que l’endroit est esthétique à l’œil et reposant pour l’esprit. Je peux écrire des lettres lorsque je souhaite échanger des idées. Les deux types d’environnements qui m’étouffent seraient la métropole moderne et la ruralité sans charme pittoresque, ou l’ambiance de village. Je sais d’expérience que New York m’asphyxie ; et je ne peux croire que je me sentirais mieux dans une ferme du plat Kansas ou un petit bourg survolté de l’Iowa. La Nouvelle-Angleterre, en revanche, me va comme un gant – outre qu’elle détient tous mes souvenirs d’enfance, elle est dotée de la beauté et de la sérénité que je requiers. »

H.P. Lovecraft à August Derleth, 26 septembre 1929

Traduit de l’anglais par Alice Pétillot.

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